Ce serait donc une énorme
faute pour un journaliste de l´avoir devant soi et de laisser
passer l´occasion de lui poser des questions sur les thèmes
abordés par Fidel Castro dans ses dernières interventions, dans
lesquelles il avertissait le monde sur le panorama apocalyptique
qu´entrainerait une agression des Etats-Unis et d´Israël contre
l´Iran, une agression qui cependant parait inévitable si l´on en
croit les nouvelles qui nous parviennent jour après jour. Dès
que nous avons posé la question, Ali a répondu catégoriquement :
¨Fidel a tout à fait raison, ce n´est pas de la paranoïa¨.
- Pourquoi les États-Unis s´en prennent-ils de cette manière à
l´Iran, précisément maintenant ?
- Dans le contexte économique
d´une crise de grande envergure, les États-Unis utilisent à fond
une politique d´une grande agressivité à échelle globale. Il ne
s´agit pas seulement de déployer leur flotte à proximité de
l´Iran en vue d´une possible attaque, ni de harceler la Corée du
Nord. Observez ce qui se passe au Costa-Rica : une force
militaire navale de plus de 40 bâtiments de guerre, dont un
porte-avion, et plus de 7 000 soldats, est en train de se mettre
en place, soi-disant pour combattre le trafic de drogues. Un tel
déploiement de troupes est quelque chose d´inouï, un peu comme
si l´on voulait tuer une mouche avec une bombe nucléaire, alors
que l´on sait très bien que la solution du problème du trafic de
drogues se trouve à l´intérieur du territoire nord-américain.
La société nord-américaine
est le plus gros marché de stupéfiants du monde. Il est bien
connu, surtout dans le monde capitaliste, qu´il n´y a pas
d´offre sans demande. Personne ne va rien produire qui n´ait pas
son marché. Dans le cas qui nous occupe, le marché est aux
États-Unis et le plus grand producteur est la Colombie. Le
Venezuela se trouve attrapé par sa situation et il est
actuellement la cible d´une campagne dans laquelle on l´accuse
d´être une voie de passage pour le trafic de narcotiques.
Cependant, les plus grands acteurs de ce phénomène, les
États-Unis et la Colombie, ne parviennent pas à résoudre le
problème. Au contraire, celui-ci s´aggrave. Les États-Unis sont
un important facteur contaminant. Où qu´il passent, ils
aggravent le problème – j´ai précisément lu hier un article sur
ce thème – et je pose la question : Quel impact aura la présence
de troupes nord-américaines au Costa-Rica, en ce qui concerne la
consommation de drogues? Nous le verrons.
- Actuellement, le grand
prétexte, c´est que l´Iran a la capacité suffisante pour
produire des armes nucléaires, une chose qu´il a nié un bon
nombre de fois…
- De la même façon qu´ils utilisent le prétexte que le Venezuela
est un pont pour le trafic de drogues, ils dénoncent l´Iran
comme étant ¨une grande menace¨, un pays qui peut fabriquer des
armes nucléaires. Pourtant, l´Iran a insisté sur le fait que ce
n´est pas son objectif, que ce qu´il veut, c´est obtenir de
l´électricité en utilisant l´énergie nucléaire. Nous aussi, nous
avons pensé à cette possibilité pour le Venezuela, en raison de
la structure de nos capacités de génération. Mais il ne fait
aucun doute que tous les prétextes utilisés ont à voir avec la
situation interne des États-Unis, spécialement avec la crise
économique qui a frappé les grandes puissances. Au XIXième
siècle, Cecil Rhodes a très bien expliqué ce qu´il faut faire
dans ces cas-là. En Angleterre, d´où ont surgi les grands
conflits sociaux avec les travailleurs anglais, en raison de la
surexploitation à laquelle ils étaient soumis, Cecil Rhodes a
été l´un de ceux qui ont déterminé l´orientation des politiques
impériales. Il a déclaré que la seule façon d´éviter une
révolution sociale en Angleterre, c´était de déplacer le conflit
social vers l´extérieur. C´est la cause du développement de la
politique d´expansion de ce pays en Afrique et en Asie.
Maintenant la situation est différente, mais la nature profonde
de l´impérialisme n´a pas changé, et c´est la raison pour
laquelle ils pensent résoudre leurs problèmes par la guerre.
C´est ce qui a conduit Hitler et la bourgeoisie allemande à la
guerre, et c´était aussi, déjà, ce qui s´était produit au moment
de la première guerre mondiale.
- Quelles conséquences pourrait avoir, par exemple pour le
Venezuela, une guerre dans le Golfe Persique ?
- Un conflit de cette envergure dans le Golfe Persique inclurait
également la péninsule arabique. Il est bien connu qu´une grande
partie du pétrole qui se déplace dans le monde passe par le
Golfe Persique et qu´il provient de la péninsule arabique. Une
guerre paralyserait ce trafic. Le Venezuela est un grand
producteur. Mexico a diminué énormément sa production. Le Brésil
l´a augmenté mais il n´atteint pas encore un très haut niveau.
Il n´est pas absurde de penser que, si le conflit sur lequel
nous a averti Fidel se produisait, il se produirait alors une
aggravation du conflit historique des États-Unis avec le
Venezuela. Ils tenteraient plus que jamais de paralyser le
processus révolutionnaire et d´occuper les gisements de pétrole
du pays afin de garantir l´approvisionnement nécessaire pour
garantir le fonctionnement de la grande panoplie militaire. Elle
a encore besoin de pétrole, même s´il existe déjà des
sous-marins nucléaires. Les avions et la marine ont encore
besoin de pétrole. C´est la raison pour laquelle le Venezuela se
verrait directement impliqué.
- Il y a des gens qui sous-estiment les avertissements de Fidel.
Qu´en pensez-vous ?
- Dans les circonstances actuelles s´il y a quelqu´un qui est
loin d´être paranoïaque, c´est bien Fidel, même s´il avait des
raisons de l´être après avoir échappé à plus de 600 attentats.
Fidel a une grande expérience et un grand discernement. C´est ce
qui a permis à la Révolution de bien s´en sortir dans des
moments très difficiles que nous connaissons tous. C´est la
raison pour laquelle on doit être conscient que, lorsque Fidel
lance un avertissement, c´est parce qu´au-delà de tous les
raisonnements logiques que tout le monde peut se faire, il a
tous les éléments en main pour parler. Je suis convaincu que ce
n´est pas un caprice mais, comme il le dit lui-même, un résultat
de la logique appliquée à l´analyse des problèmes politiques et,
en ce cas, à celle des scénarios géopolitiques.
- Vous qui le connaissez directement, et depuis tant d´années,
que pensez-vous des récentes apparitions publiques de Fidel ?
- Sa capacité de récupération est surprenante. Il l´a démontré,
aussi bien du point de vue physique qu´intellectuellement. Et
nous nous en réjouissons profondément, bien entendu.