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Ali Rodriguez: ¨Fidel a tout à fait raison¨

Peu de gens connaissent aussi bien les questions pétrolières et le monde arabe qu´Ali Rodriguez Araque, le ministre de l´Énergie Électrique du Venezuela, et ancien secrétaire général et président de l´Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). De plus, peu de gens ont aussi profondément étudié la pensée de Fidel Castro qu´Ali, l´un des leaders historiques de la guérilla vénézuélienne qui a été, pendant plusieurs années, l´ambassadeur du Venezuela à Cuba, avant qu´il ne revienne à Caracas pour occuper de très hautes responsabilités dans le gouvernement et à la direction du parti Socialiste Uni du Venezuela. Le président Hugo Chavez a dit de lui que c´est ¨ l´un des meilleurs cadres de la Révolution Bolivarienne, le plus honnête, celui qui a la plus grande soif de savoir¨.


 

 

Ce serait donc une énorme faute pour un journaliste de l´avoir devant soi et de laisser passer l´occasion de lui poser des questions sur les thèmes abordés par Fidel Castro dans ses dernières interventions, dans lesquelles il avertissait le monde sur le panorama apocalyptique qu´entrainerait une agression des Etats-Unis et d´Israël contre l´Iran, une agression qui cependant parait inévitable si l´on en croit les nouvelles qui nous parviennent jour après jour. Dès que nous avons posé la question, Ali a répondu catégoriquement : ¨Fidel a tout à fait raison, ce n´est pas de la paranoïa¨.

- Pourquoi les États-Unis s´en prennent-ils de cette manière à l´Iran, précisément maintenant ?

- Dans le contexte économique d´une crise de grande envergure, les États-Unis utilisent à fond une politique d´une grande agressivité à échelle globale. Il ne s´agit pas seulement de déployer leur flotte à proximité de l´Iran en vue d´une possible attaque, ni de harceler la Corée du Nord. Observez ce qui se passe au Costa-Rica : une force militaire navale de plus de 40 bâtiments de guerre, dont un porte-avion, et plus de 7 000 soldats, est en train de se mettre en place, soi-disant pour combattre le trafic de drogues. Un tel déploiement de troupes est quelque chose d´inouï, un peu comme si l´on voulait tuer une mouche avec une bombe nucléaire, alors que l´on sait très bien que la solution du problème du trafic de drogues se trouve à l´intérieur du territoire nord-américain.

La société nord-américaine est le plus gros marché de stupéfiants du monde. Il est bien connu, surtout dans le monde capitaliste, qu´il n´y a pas d´offre sans demande. Personne ne va rien produire qui n´ait pas son marché. Dans le cas qui nous occupe, le marché est aux États-Unis et le plus grand producteur est la Colombie. Le Venezuela se trouve attrapé par sa situation et il est actuellement la cible d´une campagne dans laquelle on l´accuse d´être une voie de passage pour le trafic de narcotiques. Cependant, les plus grands acteurs de ce phénomène, les États-Unis et la Colombie, ne parviennent pas à résoudre le problème. Au contraire, celui-ci s´aggrave. Les États-Unis sont un important facteur contaminant. Où qu´il passent, ils aggravent le problème – j´ai précisément lu hier un article sur ce thème – et je pose la question : Quel impact aura la présence de troupes nord-américaines au Costa-Rica, en ce qui concerne la consommation de drogues? Nous le verrons.

- Actuellement, le grand prétexte, c´est que l´Iran a la capacité suffisante pour produire des armes nucléaires, une chose qu´il a nié un bon nombre de fois…
- De la même façon qu´ils utilisent le prétexte que le Venezuela est un pont pour le trafic de drogues, ils dénoncent l´Iran comme étant ¨une grande menace¨, un pays qui peut fabriquer des armes nucléaires. Pourtant, l´Iran a insisté sur le fait que ce n´est pas son objectif, que ce qu´il veut, c´est obtenir de l´électricité en utilisant l´énergie nucléaire. Nous aussi, nous avons pensé à cette possibilité pour le Venezuela, en raison de la structure de nos capacités de génération. Mais il ne fait aucun doute que tous les prétextes utilisés ont à voir avec la situation interne des États-Unis, spécialement avec la crise économique qui a frappé les grandes puissances. Au XIXième siècle, Cecil Rhodes a très bien expliqué ce qu´il faut faire dans ces cas-là. En Angleterre, d´où ont surgi les grands conflits sociaux avec les travailleurs anglais, en raison de la surexploitation à laquelle ils étaient soumis, Cecil Rhodes a été l´un de ceux qui ont déterminé l´orientation des politiques impériales. Il a déclaré que la seule façon d´éviter une révolution sociale en Angleterre, c´était de déplacer le conflit social vers l´extérieur. C´est la cause du développement de la politique d´expansion de ce pays en Afrique et en Asie.
Maintenant la situation est différente, mais la nature profonde de l´impérialisme n´a pas changé, et c´est la raison pour laquelle ils pensent résoudre leurs problèmes par la guerre. C´est ce qui a conduit Hitler et la bourgeoisie allemande à la guerre, et c´était aussi, déjà, ce qui s´était produit au moment de la première guerre mondiale.
- Quelles conséquences pourrait avoir, par exemple pour le Venezuela, une guerre dans le Golfe Persique ?
- Un conflit de cette envergure dans le Golfe Persique inclurait également la péninsule arabique. Il est bien connu qu´une grande partie du pétrole qui se déplace dans le monde passe par le Golfe Persique et qu´il provient de la péninsule arabique. Une guerre paralyserait ce trafic. Le Venezuela est un grand producteur. Mexico a diminué énormément sa production. Le Brésil l´a augmenté mais il n´atteint pas encore un très haut niveau. Il n´est pas absurde de penser que, si le conflit sur lequel nous a averti Fidel se produisait, il se produirait alors une aggravation du conflit historique des États-Unis avec le Venezuela. Ils tenteraient plus que jamais de paralyser le processus révolutionnaire et d´occuper les gisements de pétrole du pays afin de garantir l´approvisionnement nécessaire pour garantir le fonctionnement de la grande panoplie militaire. Elle a encore besoin de pétrole, même s´il existe déjà des sous-marins nucléaires. Les avions et la marine ont encore besoin de pétrole. C´est la raison pour laquelle le Venezuela se verrait directement impliqué.
- Il y a des gens qui sous-estiment les avertissements de Fidel. Qu´en pensez-vous ?
- Dans les circonstances actuelles s´il y a quelqu´un qui est loin d´être paranoïaque, c´est bien Fidel, même s´il avait des raisons de l´être après avoir échappé à plus de 600 attentats. Fidel a une grande expérience et un grand discernement. C´est ce qui a permis à la Révolution de bien s´en sortir dans des moments très difficiles que nous connaissons tous. C´est la raison pour laquelle on doit être conscient que, lorsque Fidel lance un avertissement, c´est parce qu´au-delà de tous les raisonnements logiques que tout le monde peut se faire, il a tous les éléments en main pour parler. Je suis convaincu que ce n´est pas un caprice mais, comme il le dit lui-même, un résultat de la logique appliquée à l´analyse des problèmes politiques et, en ce cas, à celle des scénarios géopolitiques.
- Vous qui le connaissez directement, et depuis tant d´années, que pensez-vous des récentes apparitions publiques de Fidel ?
- Sa capacité de récupération est surprenante. Il l´a démontré, aussi bien du point de vue physique qu´intellectuellement. Et nous nous en réjouissons profondément, bien entendu.




 

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