Fidel avait annoncé
que la question serait débattue quelques jours plus
tard, à l´occasion du grand rassemblement qui devait
avoir lieu sur une vaste place de la capitale, celle
qui devait, ce jour là, recevoir le nom de Place de
la Révolution José Marti. Un grand nombre d´ouvriers
et de paysans y étaient attendu pour commémorer le
sixième anniversaire de l´attaque des casernes
Moncada et Carlos Manuel de Céspedes.
La date allait de
nouveau correspondre à une page d´une grande
importance pour l´histoire de Cuba et de sa
révolution. L´effervescence populaire grandissait et
le peuple réclamait que Fidel réoccupe immédiatement
son poste de premier ministre.
A l´ambassade des
États-Unis, après le départ d´Urrutia et d´autres
fonctionnaires réactionnaires, une question restait
sans réponse : pourquoi le leader révolutionnaire ne
reprenait-il pas aussitôt ses fonctions ?
Certaines agences de
presse étrangères se lançaient dans la spéculation.
La contre-révolution interne et externe augmentait
ses attaques imprégnées d´un violent anticommunisme.
L´extrême droite nord-américaine appuyée par
l´Agence Centrale d´Intelligence (CIA) et les
groupes annexionnistes récemment installés à Miami
préparaient leurs plans terroristes.
C´est le 17 mai
qu´avait été promulguée la loi de réforme agraire
qui avait donné gratuitement la propriété de la
terre à plus de cent mille paysans. Le caractère
anti-impérialiste et antiféodal de la révolution lui
avait attiré la haine des monopoles nord-américains.
Fidel affirmera peu après que « c´est cette loi qui
a été le point de départ de l´opposition directe de
l´impérialisme à Cuba ».
Peu de temps après, le
gouvernement des États-Unis avait supprimé le quota
de sucre assigné à l´ile sur le marché nord-américain,
ainsi que son approvisionnement en pétrole.
Toutes les conditions
étaient créées pour donner le feu vert à l´invasion
de Playa Giron qui aurait lieu en avril 1961, ainsi
que pour le durcissement du blocus commercial et
financier qui dure maintenant depuis presque un demi-siècle.
L´intuition populaire
était évidemment sensible à ce climat de plus en
plus lourd. Les ouvriers et les paysans exigeaient
que le retour de Fidel à la tête du gouvernement se
produise sans retard.
Le 22 juillet, il y a
cinquante ans, lorsqu´il a pris la parole en clôture
du dixième congrès textile, Fidel a déclaré : « Il a
fallu livrer un combat difficile et bien peser
chacun des pas réalisés pour couper court à toutes
les manœuvres et à toutes les intrigues et pour
barrer la route aux ennemis déclarés et aux ennemis
cachés. »
A un autre moment, il
a précisé : « Pour moi, la Révolution n´est pas un
poste gouvernemental. La fonction peut faciliter les
choses, elle peut aider à une meilleur coordination,
mais la Révolution n´est pas la fonction. »
Le lendemain, la
Confédération de travailleurs de Cuba (CTC) a décidé
une grève générale d´une heure, de dix heures à onze
heures du matin, pour manifester son appui à la
demande populaire. Sur tout le territoire de
l´archipel cubain, toutes les activités des secteurs
de la production et des services ont cessé, y
compris le transport public et les classes.
Quelques heures plus
tard, des dizaines de milliers de travailleurs,
d´étudiants et des personnes de tous les secteurs de
la population se dirigèrent vers le palais
présidentiel pour y scander le mot d´ordre : «
Fidel, Premier ministre ! ».
Le président qui
venait d´être désigné, Osvaldo Dorticos Torrado, y
prit la parole pour réaffirmer que le Docteur Fidel
Castro devait écouter la clameur populaire.
Il manquait moins de
72 heures pour parvenir à l´heure fatidique à
laquelle, au pied du monument de José Marti, la
liesse populaire allait se déchainer.
(À suivre)