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Haïti: le drame a un nom trop  bien connu

Il est évident qu’on ne peut accuser personne d’avoir appuyé sur le bouton qui
déclanche un cataclysme naturel. Mais il n’est pas moins vrai que l’on connaît parfaitement
les raisons pour lesquelles certaines sociétés sont à ce point vulnérables lorsqu’elles en
sont frappées.


Cuban News Agency

 


Haïti, dévasté par un violent séisme qui a causé une quantité incalculable de
victimes, est l’une de ces nations dont le plus grand malheur a été d’être, tout au long de son histoire, la victime des appétits voraces des grandes métropoles. 


C’est dans ce pays qu’a eu lieu l’héroïque rébellion d’esclaves qui, en 1803, en a
fait le premier pays indépendant de l’Amérique Latine  et des Antilles et qui, malgré
l’isolement et les agressions qu’il a subi, n’a pas cessé d’appuyer la lutte de ses frères d’Amérique du Sud contre le colonialisme espagnol en y contribuant par l’envoi d’armes et  de combattants.


Cependant, à la longue, les circonstances objectives et subjectives  ont imposé à
Haïti d’asphyxiantes relations de dépendance, tout d’abord avec l’Europe, ensuite avec les États-Unis, ce grand voisin du nord  qui ne tarda pas à manifester ses appétits de déprédateur en expulsant le vieux continent et en prenant sa place dans la zone qu’il considérait comme « sa terre promise ».  


En 1915, les troupes nord-américaines envahirent Haïti, sous prétexte de vouloir
l’obliger à payer les sommes dues à la City Bank, mais aussi de faire annuler le décret qui interdisait la vente de terres agricoles haïtiennes à des étrangers pour y créer des plantations.


Les forces armées nord-américaines ne sont parties qu’en 1934, presque vingt ans plus tard, y Washington y laissa l’héritage d’une structure politique et économique affaiblie, dont les principales caractéristique étaient l’instabilité, la fraude, la violence et la pauvreté généralisée.

 
De 1957 à 1986, Haïti a été soumis aux régimes successifs de François Duvalier et de son fils Jean Claude, deux dictateurs aux mains tachées de sang, mais, en même temps, deux efficaces gardiens des intérêts nord-américains dans la région dévastée.  Cette époque a été marquée par les exactions des Tontons Macoutes, groupes de tueurs au service de la dictature considérés comme responsables d’au moins 150 000 assassinats, rien que sous le règne du fils héritier « Baby » Duvalier.

 
Depuis cette époque, l’absence de stabilité interne et le renforcement de l’ingérence étrangère ont été constants. L’un des épisodes les plus commentés de l’histoire récente d’Haïti a été, en 1991,  la victoire électorale de Jean Bertrand Aristide, le coup d’état porté contre lui par le général Raoul Cedras puis son retour, trois ans plus tard, accompagné par une nouvelle occupation militaire nord-américaine qui a permis l’élimination des toutes les archives démontrant la complicité de la Maison Blanche avec les milliers d’assassinats commis par la dictature militaire. En 2004, sous la pression de Washington, Aristide  se
verrait de nouveau obligé à abandonner définitivement le gouvernement. Un régime de facto  se chargerait alors d’organiser des élections qui légitimeraient a posteriori son départ. 


Quelques années plus tard, l’arrivée à la présidence de l’actuel président de Haïti,
René Préval, ouvrit une nouvelle espérance pour le pays, mais le poids de l’héritage de déprédation des années antérieurs est si grand qu’il était  impossible de penser que les solutions allaient apparaître en un tournemain.


Avant le séisme, Haïti était un pays d’environ 10 millions d’habitants, dont 70 %
étaient des pauvres  manquant de toute source stable de revenus.  La mortalité infantile était proche de 80 pour mille et l’espérance de vie de ses habitants ne dépassait guère les 50 ans.


Les experts affirment que le séisme a détruit presque 60 % de la structure économique du pays. Auparavant, la plus grande partie des revenus du pays provenait de l’aide internationale et des envois d’argent des haïtiens émigrés à leur famille.


La déforestation atteint presque toute la surface du pays et la plus grande partie de la population rurale ne possède pas de terres. Les possibilités  d’une exploitation
rationnelle des terres agricoles sont minimes. Les politiques néolibérales importées des États-Unis au cours des dernières années ont achevé de ruiner la capacité productive nationale.


C’est la raison pour laquelle, même si on ne peut accuser personne d’avoir appuyé sur le bouton qui a déclanché le cataclysme naturel, pour ce pays, l’absence de toute possibilité d’affronter efficacement une tragédie d’une telle envergure a une cause bien définie : l’exploitation et l’ingérence de l’empire du nord.


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